Nid de frelons asiatiques en hiver : pourquoi le détruire ne sert (presque) à rien
Nid de frelon asiatique en hiver : pourquoi il est vide, pourquoi le détruire est inutile, ce que vaut le piégeage de printemps et qui appeler en cas de doute.
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Les feuilles tombent, et soudain il apparaît : une grosse boule grise accrochée tout en haut du chêne, du peuplier ou du platane d'en face. Tout l'été, ce nid de frelons asiatiques en hiver était caché par le feuillage. Le réflexe est d'appeler quelqu'un pour le détruire au plus vite.
Mauvaise nouvelle pour les entreprises de désinsectisation, bonne nouvelle pour votre portefeuille : en hiver, ce nid est vide. Les futures reines l'ont quitté pour hiverner ailleurs, le reste de la colonie est mort, et il ne sera jamais réoccupé. Le détruire maintenant ne change rien à la population de l'an prochain. Voici pourquoi, ce qui est utile à la place, et comment ne pas le confondre avec un nid de frelons européens.
Pourquoi voit-on les nids seulement maintenant ?
Le nid du frelon asiatique, ou frelon à pattes jaunes (Vespa velutina), est construit en fibres de bois mâchées. Il grossit tout l'été avec la colonie et peut atteindre, selon la FREDON Grand Est, jusqu'à 80 cm de large. On le trouve le plus souvent en hauteur, accroché aux branches d'un arbre, plus rarement sous une charpente ou dans une cavité.
Tant que les arbres ont leurs feuilles, ces nids perchés tout en haut des arbres sont invisibles. À la chute des feuilles, en novembre, ils apparaissent d'un coup, et les signalements explosent. C'est justement le moment où ils ont perdu leur intérêt.
Le cycle du frelon asiatique, mois par mois
La colonie ne vit qu'une saison. Comprendre ce cycle, c'est comprendre pourquoi la date de destruction change tout.
| Période | Ce qui se passe | Que faire ? |
|---|---|---|
| Hiver (décembre à février) | Les fondatrices fécondées hivernent seules, à l'abri. Les anciens nids sont vides. | Rien. Signaler le nid si votre département le demande. |
| Printemps (mars à mai) | Chaque fondatrice construit un nid primaire, de la taille d'une clémentine à une orange. | Surveiller les abris, débords de toit, haies. |
| Avril à juillet | Nids primaires visibles, souvent à moins de 5 m du sol, dans un endroit abrité. | Faire détruire par un professionnel ou un référent formé. |
| Été (juin à septembre) | La colonie déménage souvent vers un nid secondaire, plus grand, en hauteur. Les futures reines sont produites. | Faire détruire les nids proches des habitations ou des ruchers. |
| Automne (octobre à mi-novembre) | Maximum d'adultes. Les futures reines quittent le nid pour s'accoupler et hiverner. | Détruire avant le départ des reines, si le nid présente un risque. |
| Après la mi-novembre | Le nid se vide, la colonie meurt avec le froid. | Destruction inutile, sauf danger de chute. |
Le point clé, c'est la dispersion des futures reines. Selon la FREDON Grand Est, une colonie peut produire plusieurs centaines de futures reines. Une fois fécondées, elles quittent définitivement le nid pour hiverner. Si le nid est détruit avant leur départ, une partie d'entre elles est éliminée. S'il est détruit après, on ne détruit que du papier.
Faut-il détruire un nid de frelons asiatiques en hiver ?
Non, dans presque tous les cas. Trois sources régionales concordent :
- la FREDON Normandie répond sans détour à la question : il n'y a plus d'insectes vivants dans le nid à cette époque, il n'est pas nécessaire de faire intervenir une entreprise, ni même de l'enlever ; il finira par tomber en morceaux ;
- la FREDON Grand Est précise que la destruction des nids détectés après le départ des fondatrices n'a pas d'utilité, avec une date indicative autour du 15 novembre, variable selon les régions et la météo ;
- la Ville de Paris rappelle qu'il est totalement inutile de détruire un nid en plein hiver, car ces nids sont vides, et que les frelons les abandonnent entre la fin novembre et le début de l'hiver.
Et le nid ne servira pas l'an prochain : chaque printemps, chaque fondatrice construit un nouveau nid, sans jamais réutiliser un ancien. Une nouvelle colonie peut en revanche s'installer non loin de là.
Fin novembre, prudence quand même
Au tout début de l'hiver, quelques ouvrières affaiblies peuvent encore se trouver dans le nid ou autour. Elles sont vouées à disparaître, mais elles peuvent encore piquer si on secoue le nid. N'y touchez pas, ne tirez pas dessus avec un objet, et attendez quelques semaines de froid si vous tenez à le récupérer. Une piqûre est douloureuse ; pour une personne allergique, une seule piqûre peut être grave et impose d'appeler le 15 ou de se rendre aux urgences sans attendre.
Les idées reçues sur les nids de frelons en hiver
« Les reines passent l'hiver dans le nid. » Faux. Les fondatrices hivernent seules, dans des endroits abrités, ailleurs que dans le nid. Le nid, lui, est abandonné et ne sera jamais réoccupé.
« Chaque nid non détruit donnera des dizaines de nids au printemps. » Trompeur. Un nid produit bien plusieurs centaines de futures reines, mais beaucoup meurent naturellement avant d'avoir fondé une colonie. La FREDON Grand Est note que, dans les zones déjà saturées en fondatrices, chaque nid détruit sera vraisemblablement remplacé l'année suivante, sans effet sur la densité globale de nids, plutôt influencée par la météo de l'année. Et surtout, ce calcul ne vaut que pour un nid détruit avant le départ des reines, pas pour un nid vide.
« Il est obligatoire de faire détruire un nid sur son terrain. » La FREDON Grand Est rappelait en avril 2026 qu'il n'existe pas d'obligation spécifique de destruction des nids dans la loi. La loi du 14 mars 2025 visant à endiguer la prolifération du frelon asiatique a créé un plan national et des plans départementaux de lutte, qui organisent surveillance, signalement, piégeage sélectif et destruction. Les règles concrètes dépendent donc de votre département : renseignez-vous en mairie.
« On dit frelon asiatique. » On le dit, mais les spécialistes préfèrent frelon à pattes jaunes. Il existe en Asie de l'Est une vingtaine d'espèces de frelons, et le nom « asiatique » ne permet pas de savoir de laquelle on parle.
Le piégeage de printemps : utile ou nuisible ?
C'est le grand débat de chaque fin d'hiver. Le principe paraît imparable : une fondatrice piégée en mars ou en avril ne fondera pas de nid. Les chiffres sont beaucoup moins séduisants.
En 2023, l'ITSAP-Institut de l'abeille a compilé les études et les expérimentations des réseaux apicoles sur le piégeage des fondatrices. Ses conclusions :
- les pièges capturent en moyenne 1 à 6 fondatrices par piège et par semaine ;
- les fondatrices représentent moins de 2 % du total des captures. Les 98 % restants, ce sont des mouches, des papillons, des coléoptères et d'autres hyménoptères : fourmis, abeilles, guêpes et frelons européens ;
- la période optimale de capture va de début avril à mi-mai, quand les températures moyennes de la semaine sont comprises entre 10 et 15 °C.
La FREDON Grand Est en tire une conclusion prudente : l'impact réel du piégeage de printemps sur le nombre de nids reste discutable, car il ne capture qu'un petit pourcentage des fondatrices, et quelques survivantes suffisent à recoloniser le territoire. Il peut avoir un effet très local, autour d'un rucher. Et selon les données scientifiques disponibles, il n'existe pas de piège à la fois efficace et parfaitement sélectif.
| Type de piège | Sélectivité | Notre avis |
|---|---|---|
| Bouteille en plastique coupée avec bière ou sirop | Très faible : capture surtout d'autres insectes | À bannir |
| Piège « cloche » ou seau sans grille d'échappement | Faible | À éviter |
| Piège avec cônes d'entrée calibrés et grilles d'échappement pour les petits insectes | Meilleure, mais imparfaite | Seulement près d'un rucher, d'avril à mi-mai |
| Pas de piège, surveillance des nids primaires | Aucun impact sur les autres insectes | La meilleure option pour un jardin sans ruche |
Si vous n'êtes pas apiculteur, le meilleur geste pour la biodiversité de votre jardin est souvent de ne pas piéger, et de surveiller plutôt les nids primaires. Un piège non sélectif tue des pollinisateurs et des auxiliaires, comme les coccinelles que l'on cherche justement à accueillir au jardin (voir notre article sur les coccinelles dans la maison à l'automne).
Ce qui est vraiment utile : repérer les nids primaires
Le moment où un nid compte vraiment, c'est le printemps. Selon la fiche de surveillance de la FREDON Bourgogne-Franche-Comté et du GDS, les nids primaires sont :
- visibles d'avril à juillet ;
- très souvent à moins de 5 m du sol, dans un lieu abrité du vent : contre un bâtiment, dans un buisson, une haie, un abri de jardin, une ruchette vide ;
- petits : une sphère fragile en fibres de bois, de la taille d'une clémentine, suspendue avec le trou d'entrée vers le bas.
À ce stade, la colonie compte une seule fondatrice et quelques ouvrières, et la destruction est beaucoup plus simple. Faites appel à un professionnel ou à un référent formé, qui interviendra le soir ou tôt le matin, quand tous les frelons sont rentrés. Ne tentez pas de le détruire vous-même à la bombe insecticide : un nid mal détruit se reconstruit plus loin, et une piqûre au visage n'est jamais anodine.
Le printemps prochain, gardez donc un œil sur le garage, le cabanon, les volets et les débords de toit. C'est aussi le bon réflexe quand vous préparez le jardin pour l'hiver puis le remettez en route : un abri de jardin rangé et fermé offre moins de recoins aux fondatrices. Et attention quand vous taillez la haie en été : c'est souvent là qu'on tombe nez à nez avec un nid.
Frelon asiatique ou frelon européen : ne vous trompez pas de cible
Le frelon européen (Vespa crabro) est une espèce locale, qui fait partie de l'écosystème. Il n'est pas classé espèce exotique envahissante, et son nid ne justifie une intervention que s'il pose un vrai problème de sécurité.
| Critère | Frelon à pattes jaunes (asiatique) | Frelon européen |
|---|---|---|
| Couleur générale | Presque entièrement noir | Brun-roux et jaune |
| Abdomen | Noir, une seule large bande orangée | Jaune strié de noir |
| Tête | Face orangée | Brun-roux et jaune |
| Pattes | Extrémités jaunes | Brun-roux |
| Taille | Un peu plus petit | Un peu plus grand |
| Nid | Souvent pendu en hauteur dans un arbre, parfois sous un toit | Presque toujours caché dans une cavité : arbre creux, grenier, coffre de volet |
| Statut | Espèce exotique envahissante | Espèce locale |
En cas de doute, prenez une photo à bonne distance et envoyez-la au référent frelon de votre commune, au GDS apicole ou à la FREDON de votre région. La Ville de Paris invite aussi à vérifier l'espèce avant toute intervention, à l'aide des ressources du Muséum national d'histoire naturelle.
Qui appeler, et qui paie ?
En hiver, personne : le nid est vide. Vous pouvez le signaler sur la plateforme de votre département ou de votre région (par exemple lefrelon.com en Grand Est et en Bourgogne-Franche-Comté, ou DansMaRue à Paris). Ces signalements aident à suivre la progression de l'espèce et à préparer la surveillance du printemps.
Du printemps à l'automne, pour un nid actif :
- une entreprise de désinsectisation, si possible référencée par votre département ou votre GDS apicole ;
- un référent frelon formé, dans les communes qui en ont désigné un ;
- les pompiers seulement en cas de réelle urgence sur la voie publique ou dans un lieu public, ou sur le domaine privé en l'absence de professionnel disponible dans un délai limité ; l'intervention est alors facturée, rappelle la FREDON Grand Est.
Côté coût, la FREDON Grand Est cite une fourchette de 80 à 250 € par nid, selon l'accès, la hauteur et la technique utilisée. Certaines communes, intercommunalités ou départements prennent en charge une partie des frais pour les nids actifs : demandez en mairie avant l'intervention, car les aides imposent parfois de passer par une entreprise référencée.
En résumé
- Un nid de frelons asiatiques découvert en hiver est vide : les fondatrices hivernent ailleurs, la colonie est morte.
- Il ne sera jamais réutilisé et tombera de lui-même : le détruire après la mi-novembre est inutile, sauf risque de chute sur un lieu de passage.
- Le geste utile, c'est repérer les nids primaires d'avril à juillet, bas et abrités, et les faire détruire tôt.
- Le piégeage de printemps a un effet discuté et capture surtout d'autres insectes : à réserver aux abords des ruchers, avec des pièges sélectifs.
- Frelon européen : brun-roux et jaune, nid caché dans une cavité, espèce locale à laisser tranquille.
Questions fréquentes
Un nid de frelons asiatiques est-il vide en hiver ?
Oui. La colonie ne vit qu'une saison : les futures reines quittent le nid à l'automne pour hiverner à l'abri, et le reste de la colonie meurt avec le froid. Selon la FREDON Normandie, il n'y a plus d'insectes vivants dans un nid en hiver. Au tout début de l'hiver, quelques ouvrières mourantes peuvent encore s'y trouver, mais elles ne survivront pas.
Faut-il détruire un nid de frelons asiatiques en hiver ?
Non. Les fondatrices sont déjà parties hiverner ailleurs, le nid ne sera jamais réoccupé et il tombera en morceaux avec les intempéries. La FREDON Grand Est estime que la destruction d'un nid découvert après le départ des fondatrices n'a pas d'utilité, avec une date indicative autour du 15 novembre, variable selon les régions et la météo. Une intervention n'a de sens que si le nid menace de tomber sur un lieu de passage.
Un nid de frelons asiatiques est-il réutilisé l'année suivante ?
Jamais. Chaque printemps, chaque fondatrice construit un nouveau nid, sans réutiliser un ancien. En revanche, une nouvelle colonie s'installe parfois à proximité de l'ancien nid : surveillez les abris de jardin, les débords de toit et les haies d'avril à juillet.
Le piégeage de printemps est-il efficace ?
Son effet sur le nombre de nids reste discuté. Selon la synthèse de l'ITSAP-Institut de l'abeille (2023), les pièges capturent en moyenne 1 à 6 fondatrices par piège et par semaine, et les fondatrices représentent moins de 2 % des insectes capturés. Le reste, ce sont des mouches, des papillons, des coléoptères, des abeilles et des frelons européens. S'il est pratiqué, c'est avec des pièges sélectifs, près des ruchers, d'avril à mi-mai.
Comment reconnaître un frelon asiatique d'un frelon européen ?
Le frelon asiatique, ou frelon à pattes jaunes, est presque entièrement noir, avec une seule large bande orangée sur l'abdomen, une face orangée et le bout des pattes jaune. Le frelon européen est un peu plus grand, avec une tête et un thorax brun-roux et un abdomen jaune strié de noir. Son nid est presque toujours caché dans une cavité, alors que celui du frelon asiatique pend souvent en hauteur dans un arbre.
Qui appeler pour un nid de frelons asiatiques ?
Entre le printemps et l'automne, une entreprise de désinsectisation ou un référent formé, souvent indiqué par la mairie, le GDS apicole ou la FREDON de votre région. Les pompiers n'interviennent en général qu'en cas d'urgence sur la voie publique ou dans un lieu public, ou sur le domaine privé en l'absence de professionnel disponible, et l'intervention est alors facturée. En hiver, aucun appel n'est nécessaire : signalez simplement le nid sur la plateforme de votre département.
La destruction d'un nid de frelons est-elle remboursée ?
Il n'existe pas d'aide nationale. Certaines communes, intercommunalités ou départements prennent en charge une partie des frais de destruction des nids de frelons asiatiques actifs, parfois à condition de passer par une entreprise référencée. Renseignez-vous en mairie avant de faire intervenir un professionnel, pas après.
Sources
- FREDON Normandie : que faire d'un nid de frelon à pattes jaunes l'hiver ?
- FREDON Grand Est, La Dépêche verte (avril 2026) : le frelon à pattes jaunes en Grand Est
- ITSAP-Institut de l'abeille (2023) : attractivité et sélectivité des pièges à fondatrices de Vespa velutina au printemps
- FREDON Bourgogne-Franche-Comté et GDS : surveillance et repérage des nids primaires
- Ville de Paris : des frelons à pattes jaunes à Paris
- AIDA (INERIS) : loi n° 2025-237 du 14 mars 2025 visant à endiguer la prolifération du frelon asiatique



