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Monoxyde de carbone : les signes d'une intoxication, et les réflexes qui sauvent des vies

Monoxyde de carbone : les signes d'une intoxication (maux de tête, nausées, plusieurs malades), les appareils en cause, les bons réflexes et comment l'éviter.

Niveau
Tous publics
Durée
5 min pour vérifier son logement
Budget
Entretien annuel par un professionnel, détecteur facultatif
Lecture
9 min
Mis à jour
Poêle à bois en fonte allumé dans un salon, entouré de bûches empilées sur un foyer en briques

Chaque hiver, le même scénario revient dans les faits divers : une famille entière prise de maux de tête et de nausées, que l'on croit grippée, jusqu'au malaise. La cause est une chaudière mal entretenue, un conduit bouché, un chauffage d'appoint allumé toute la nuit ou un groupe électrogène dans le garage. Selon Santé publique France, près de 4 000 intoxications au monoxyde de carbone sont recensées chaque année en France, et ce gaz tue encore des dizaines de personnes chaque année.

Le monoxyde de carbone est d'autant plus dangereux qu'on ne le voit pas, qu'on ne le sent pas et qu'il ne pique pas les yeux. Savoir reconnaître les signes d'une intoxication, et réagir dans les bonnes secondes, peut sauver une vie. Voici ce qu'il faut savoir, sans dramatiser mais sans rien laisser au hasard.

Pourquoi le risque explose d'octobre à mars

Le monoxyde de carbone (CO) se forme lors d'une combustion incomplète, quand un appareil brûle du gaz, du fioul, du bois, du charbon, du pétrole ou de l'essence sans recevoir assez d'oxygène. Un appareil bien réglé, bien raccordé et bien ventilé en produit très peu. Un appareil encrassé, mal réglé ou privé d'air en produit beaucoup.

Ce n'est donc pas un hasard si, selon les données de surveillance de Santé publique France, environ 8 intoxications sur 10 surviennent pendant la saison de chauffe, d'octobre à mars. C'est le moment où :

  • les chaudières, poêles et inserts redémarrent après des mois d'arrêt, parfois sans entretien ;
  • on ferme tout, on calfeutre, et certains bouchent les aérations pour avoir moins froid ;
  • les chauffages d'appoint d'urgence sortent du placard pendant les vagues de froid ;
  • les tempêtes et coupures de courant poussent à utiliser des groupes électrogènes, parfois à l'intérieur.

Respiré, le monoxyde de carbone se fixe sur l'hémoglobine du sang à la place de l'oxygène, bien plus facilement que lui. Les organes sont alors privés d'oxygène, à commencer par le cerveau et le cœur.

Les signes d'une intoxication : ce qui doit vous alerter

Les premiers symptômes n'ont rien de spectaculaire, et c'est tout le piège : ils ressemblent à une grippe, une gastro ou une simple fatigue.

StadeSignes possibles
Intoxication légèreMaux de tête, fatigue inhabituelle, nausées, vertiges
Intoxication plus importanteVomissements, troubles de la vision, confusion, faiblesse musculaire, somnolence
Intoxication graveMalaise, perte de connaissance, convulsions, coma, risque de décès

Les signes peuvent apparaître en quelques minutes à forte concentration, ou s'installer sur des jours ou des semaines en cas de fuite faible et répétée. Certaines personnes gardent ensuite des séquelles, notamment neurologiques. Les femmes enceintes, les nourrissons, les personnes âgées et celles qui ont une maladie cardiaque ou respiratoire sont les plus vulnérables.

Les 5 indices qui doivent faire penser au monoxyde de carbone

  1. Plusieurs personnes du même logement ont mal à la tête ou la nausée en même temps.
  2. Les animaux sont eux aussi abattus, somnolents ou vomissent.
  3. Les symptômes s'améliorent quand vous sortez de chez vous et reviennent quand vous rentrez.
  4. Ils apparaissent quand un appareil fonctionne : chaudière en route, poêle allumé, chauffage d'appoint, douche chaude avec un chauffe-eau à gaz.
  5. Vous remarquez des signes sur l'appareil : flamme jaune ou orangée au lieu de bleue sur un appareil à gaz, traces noires autour de l'appareil ou du conduit, buée inhabituelle sur les vitres de la pièce.

Un seul de ces indices ne prouve rien. Plusieurs ensemble justifient de réagir tout de suite, sans attendre d'être sûr.

Les appareils en cause dans la maison

Tout appareil qui brûle un combustible peut produire du monoxyde de carbone. Selon Santé publique France, les chaudières sont de loin la première source des intoxications domestiques, suivies des chauffe-eau et des chauffages d'appoint.

SourceSituation à risque
Chaudière gaz, fioul, boisAbsence d'entretien, conduit encrassé, aérations bouchées
Chauffe-eau ou chauffe-bain au gazAppareil ancien non raccordé, petite salle de bains sans aération
Poêle, insert, cheminéeConduit non ramoné, tirage insuffisant, bois humide
Chauffage d'appoint au pétrole ou au gazUtilisation en continu, dans une pièce fermée, la nuit
Groupe électrogèneUtilisation à l'intérieur, dans un garage, une cave ou une véranda
Brasero, barbecueUtilisé dans le logement, sous une véranda ou dans un garage
Moteur thermiqueVoiture ou outil qui tourne dans un garage fermé ou attenant
Cuisinière, four à gazUtilisé pour chauffer la pièce

Les appareils électriques (radiateurs, pompe à chaleur, plaques électriques, chauffe-eau électrique) ne produisent pas de monoxyde de carbone : ils ne brûlent rien.

5 idées reçues qui mettent en danger

« Je sentirais l'odeur »

Non. Le monoxyde de carbone n'a aucune odeur. L'odeur de gaz que l'on connaît est un additif ajouté au gaz de ville pour repérer les fuites : elle n'a rien à voir avec les gaz produits par une combustion qui se passe mal.

« Ma chaudière est récente, elle ne risque rien »

Une chaudière neuve mal installée, mal réglée ou dont le conduit est obstrué peut produire du monoxyde de carbone. L'entretien annuel vaut pour tous les appareils, quel que soit leur âge.

« Avec la porte du garage ouverte, le groupe électrogène ne craint rien »

Faux. Une porte ouverte ne suffit pas à évacuer les gaz d'échappement, qui peuvent aussi s'infiltrer dans la maison par une porte de communication ou une fenêtre voisine. Le groupe doit tourner dehors, à plusieurs mètres des ouvertures.

« Un poêle à pétrole moderne est sans danger »

Les appareils récents sont équipés de sécurités, mais ils consomment l'oxygène de la pièce et rejettent leurs gaz directement dans l'air que vous respirez. Ils restent des appareils d'appoint, à utiliser par intermittence dans une pièce ventilée.

« J'ai juste un peu mal à la tête, ça va passer »

C'est souvent ce que pensent les personnes intoxiquées. Si la douleur touche plusieurs membres du foyer ou disparaît dehors, ne la mettez pas sur le compte de la fatigue.

Que faire tout de suite en cas de doute

Si vous suspectez une intoxication, chaque minute compte. Pas de recherche de panne, pas de « on verra demain » : on applique ces réflexes dans l'ordre.

  1. Aérez immédiatement : ouvrez en grand portes et fenêtres.
  2. Arrêtez les appareils à combustion si vous pouvez le faire en quelques secondes.
  3. Sortez du logement avec toutes les personnes présentes et les animaux.
  4. Appelez les secours et précisez que vous suspectez une intoxication au monoxyde de carbone.
  5. Ne rentrez pas avant l'avis des secours et le passage d'un professionnel qualifié qui aura trouvé la cause.

À l'hôpital, le traitement repose sur l'oxygène, parfois administré en caisson hyperbare dans les cas sérieux. Même si les symptômes passent dès que vous êtes dehors, une consultation médicale reste nécessaire : l'intoxication peut laisser des séquelles retardées.

Prévenir : les 6 gestes qui évitent presque tous les accidents

1. Faire entretenir la chaudière chaque année

L'entretien annuel est obligatoire pour les chaudières au gaz, au fioul, au bois, au charbon ou multicombustible de 4 à 400 kW. Le chauffagiste vérifie, nettoie, règle l'appareil et mesure le monoxyde de carbone émis. Il vous remet une attestation dans les 15 jours, à conserver. Dans un logement loué, c'est en principe au locataire de faire réaliser cet entretien, sauf clause contraire du bail ou chaudière collective.

2. Faire ramoner les conduits

Depuis le 1er octobre 2023, le Code de la santé publique impose de ramoner les conduits de fumée au moins une fois par an, par action mécanique, et des règles locales ou votre assurance peuvent exiger davantage. Un conduit encrassé ou obstrué par un nid d'oiseau renvoie les fumées dans la pièce.

3. Ne jamais boucher les aérations

Grilles d'entrée d'air des fenêtres, aérations hautes et basses de la pièce où se trouve la chaudière, bouches de VMC : elles apportent l'oxygène nécessaire à la combustion et évacuent les gaz. Les obstruer pour avoir moins froid est l'une des causes classiques d'intoxication. Pour supprimer les courants d'air sans toucher à la ventilation, suivez nos astuces pour isoler ses fenêtres pas cher.

4. Aérer chaque jour

Ouvrez les fenêtres en grand au moins 10 minutes par jour, même en hiver. C'est aussi le meilleur moyen d'évacuer l'humidité qui fait naître la buée sur les fenêtres.

5. Utiliser les appareils d'appoint comme prévu

Un chauffage d'appoint au pétrole ou au gaz ne doit jamais fonctionner en continu, ni la nuit, ni dans une pièce fermée. Respectez la notice et la ventilation qu'elle impose. Ne chauffez jamais une pièce avec une cuisinière ou un four.

6. Laisser dehors ce qui doit rester dehors

Groupe électrogène, brasero, barbecue : toujours à l'extérieur, loin des fenêtres et des entrées d'air. Jamais dans le garage, la cave, l'abri de jardin attenant ou la véranda, même porte ouverte. Ne faites pas tourner le moteur d'une voiture dans un garage fermé.

Détecteur de monoxyde de carbone : pas obligatoire, mais utile

En France, le détecteur de fumée est obligatoire dans tous les logements depuis le 8 mars 2015. Le détecteur de monoxyde de carbone, lui, ne l'est pas. Les autorités sanitaires rappellent que la priorité reste l'entretien des appareils et la ventilation, mais un détecteur est un filet de sécurité utile si vous avez une chaudière, un chauffe-eau à gaz, un poêle ou une cheminée.

Pour qu'il serve vraiment :

  • choisissez un modèle conforme à la norme NF EN 50291, la norme européenne des détecteurs de monoxyde de carbone à usage domestique ;
  • installez-le en suivant la notice du fabricant, en général dans la pièce où se trouve l'appareil à combustion et dans les chambres proches, à distance de l'appareil lui-même ;
  • testez-le régulièrement et remplacez-le à la date indiquée par le fabricant, car les capteurs vieillissent ;
  • ne le prenez jamais pour une excuse pour repousser l'entretien de la chaudière ou le ramonage.

Si le détecteur sonne, appliquez les mêmes réflexes que plus haut : aérer, arrêter les appareils, sortir, appeler les secours. Ne retirez pas la pile pour le faire taire.

En cas de suspicion d'intoxication au monoxyde de carbone

  1. Aérer immédiatementQuelques secondes

    Ouvrez en grand portes et fenêtres dès qu'une intoxication est suspectée : maux de tête et nausées chez plusieurs personnes, détecteur qui sonne, malaise près d'un appareil de chauffage.

  2. Arrêter les appareils à combustionQuelques secondes

    Si vous pouvez le faire sans vous attarder, coupez la chaudière, le chauffe-eau, le poêle ou le chauffage d'appoint. Ne restez pas dans la pièce pour chercher la cause.

  3. Sortir de chez vousImmédiatement

    Évacuez tout le monde, y compris les animaux. Le monoxyde de carbone est invisible et sans odeur : on ne peut pas savoir à l'odorat si l'air redevient sain.

  4. Appeler les secoursDepuis l'extérieur

    Composez le 15 (Samu), le 18 (pompiers) ou le 112. Les personnes sourdes ou malentendantes peuvent joindre le 114 par SMS ou par l'application. Signalez que vous suspectez une intoxication au monoxyde de carbone.

  5. Ne revenir qu'après vérificationAvant de rentrer

    Ne réintégrez pas le logement et ne rallumez aucun appareil avant le passage d'un professionnel qualifié qui aura identifié et réparé la cause.

En résumé

Le monoxyde de carbone ne se voit pas et ne se sent pas, mais il prévient : maux de tête, nausées, fatigue chez plusieurs personnes du logement, qui vont mieux dehors. Dans ce cas, aérez, coupez les appareils, sortez et appelez le 15, le 18 ou le 112. Pour l'éviter : entretien annuel de la chaudière, ramonage des conduits, aérations jamais bouchées, chauffages d'appoint utilisés par intermittence, groupe électrogène et brasero toujours dehors. Un détecteur conforme à la norme NF EN 50291 n'est pas obligatoire, mais il complète utilement ces précautions.

Questions fréquentes

Quels sont les premiers signes d'une intoxication au monoxyde de carbone ?

Maux de tête, fatigue inhabituelle, nausées, vomissements et vertiges. Ces signes ressemblent à ceux d'une grippe ou d'une indigestion, ce qui rend l'intoxication difficile à reconnaître. Deux indices doivent alerter : plusieurs personnes du même logement touchées en même temps, et des symptômes qui disparaissent quand on sort de chez soi.

Le monoxyde de carbone a-t-il une odeur ?

Non. Le monoxyde de carbone est incolore, inodore et non irritant. Il ne pique pas les yeux et ne fait pas tousser. Une odeur de gaz ou de fumée signale un autre problème, tout aussi urgent, mais l'absence d'odeur ne prouve jamais l'absence de monoxyde de carbone.

Le détecteur de monoxyde de carbone est-il obligatoire ?

Non. Contrairement au détecteur de fumée, obligatoire dans tous les logements depuis 2015, le détecteur de monoxyde de carbone n'est pas imposé en France. Il reste conseillé dans un logement équipé d'un appareil à combustion, à condition de choisir un modèle conforme à la norme NF EN 50291. Il ne remplace jamais l'entretien des appareils.

Un détecteur de fumée détecte-t-il le monoxyde de carbone ?

Non. Un détecteur de fumée réagit aux particules de fumée d'un incendie, pas au monoxyde de carbone. Il existe des détecteurs combinés fumée et monoxyde de carbone, mais un détecteur de fumée classique ne vous alertera pas d'une chaudière défectueuse.

L'entretien de la chaudière est-il obligatoire ?

Oui, chaque année, pour les chaudières au gaz, au fioul, au bois, au charbon ou multicombustible d'une puissance de 4 à 400 kW. Le professionnel remet une attestation d'entretien dans les 15 jours. Dans un logement loué, l'entretien est en principe à la charge du locataire, sauf si le bail prévoit autre chose.

Peut-on utiliser un groupe électrogène dans le garage pendant une coupure ?

Non, jamais. Un groupe électrogène doit fonctionner à l'extérieur, à bonne distance des portes, des fenêtres et des entrées d'air. Dans un garage, une cave ou une véranda, même porte ouverte, il peut produire en peu de temps une concentration mortelle de monoxyde de carbone.

Sources